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Elizabeth Czerczuk, son édito 2018.

Des tripes et des ailes
Il y a un siècle, le Polonais Stanislaw Ignacy Witkiewicz, mon auteur favori, développait dans son œuvre théâtrale et philosophique un regard visionnaire qui nourrit mon univers artistique. Mon triptyque et manifeste artistique « Les Inassouvis » notamment, ouvert en même temps que notre théâtre rénové en octobre 2017. En continuant d’explorer son écriture à travers une nouvelle mise en scène de Matka, je désire toutefois me diriger en cette année 2018 vers une lumière absente chez cet écrivain au profond pessimisme.

Parce que nous vivons dans le monde mécanisé et de plus en plus éloigné de l’esprit décrit par St. I. Witkiewicz, je ressens l’urgence de porter avec mes artistes une lueur d’espoir en des lendemains meilleurs. Offrir une pause dans le galop de la vie. Une immersion dans un théâtre radical et total qui vise au changement de l’homme, même infime. Avec l’ouverture du nouveau lieu et l’intense processus créatif dans lequel m’a plongée le triptyque, 2017 m’a donné ce souffle. Ces ailes. En consolidant mon esthétique personnelle, je prends avec mes maîtres – Tadeusz Kantor, Jerzy Grotowski et Henryk Tomaszewski – une distance qui m’ouvre de riches perspectives artistiques. Une liberté que je continuerai d’explorer dans mes prochaines créations.

En 2018, mon théâtre du XXIe siècle aux solides racines slaves continue donc de prendre son envol. Tout en gardant les pieds sur terre. Lié à une recherche métaphysique, mon travail sur le corps a récemment pris une direction humaine que je veux accentuer. En me familiarisant de spectacle en spectacle, je réduis les frontières qui séparent les artistes de nos hôtes. En faisant tout pour répondre au mieux à leurs besoins.

Parce qu’un art total se nourrit d’échanges, le théâtre poursuit aussi son ouverture à d’autres défenseurs de la radicalité artistique : chercheurs, artistes, philosophes. Après une première édition en 2017, le Laboratoire de Radicalité Artistique accueille pour cela deux événements. Le premier sur les traces laissées par Tadeusz Kantor dans le paysage théâtral actuel, autour du spectacle Petit requiem pour Kantor de Zofia Kalinska, comédienne du Théâtre Cricot 2 pendant vingt ans avant de créer sa propre compagnie ; le second autour de Jerzy Grotowski. Sans pensée, pas de théâtre des tripes. Pas de révolution du quotidien.


Notre résolution : continuer de cultiver en nous le « gringalet aux nerfs ébranlés », définition du véritable artiste selon Witkiewicz. Notre ambition : faire de la folie un art raffiné en célébrant des mariages improbables. Celui d’une nonne et d’un psychiatre par exemple, comme dans la courte pièce festive, librement inspirée de La Noce chez les petits-bourgeois de Bertold Brecht, créée pour notre soirée de réveillon, et que nous reprenons cette saison sous la forme d’un brunch du dimanche.

Plus on est de fous, plus on rit et plus on crie. Plus on a de chances de faire de cette année celle de l’apaisement.


Elizabeth Czerczuk

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