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L'édito d'Elizabeth Czerczuk

Après deux spectacles très visuels, faits d’une succession de tableaux animés, mon triptyque inaugural s’achevait sur une entrée en scène de la parole. Dans Matka en effet, très librement inspiré de la pièce éponyme de mon auteur favori Stanislaw Ignacy Witkiewicz (1885-1939), Léon et sa mère se lançaient dans des monologues enfiévrés. Ils se laissaient emporter par les mots comme par un fleuve. Impuissants. Incapables de leur imposer un sens. Fruit d’une année de travail intense, ma première création de cette nouvelle saison, Les Inassouvis, va plus loin encore dans l’exploration du langage verbal. Le désir, la colère, la peur et toutes les émotions intenses que je convoque sur scène dans un but cathartique y sont exprimés par des personnages de plus en plus construits. Avec un vocabulaire qui s’enrichit de création en création.

Si la parole que je développe peut isoler ceux qui la portent, elle est aussi un outil de compréhension du monde. Une manière d’aller vers l’Autre, quelle que soit sa culture. Mes rapports avec ceux que je considère comme mes maîtres – parmi lesquels, Jerzy Grotowski, Tadeusz Kantor et Henryk Tomaszewski – étant maintenant posés, je souhaite faire dialoguer mes racines slaves avec le monde, tout en continuant d’en perfectionner les ramifications. En interrogeant leur pertinence à l’heure de la provocation généralisée et de la globalisation. Au T.E.C., 2018-2019 sera la saison de l’ouverture. Celle de l’échange. Valeur qui a présidé l’an dernier au rassemblement et à la formation d’un solide noyau d’artistes de tous horizons et de disciplines diverses, avec qui j’aurai plaisir cette année de poursuivre ma quête d’un théâtre total. D’un art qui part des tripes, et qui donne des ailes. 

Je ne crois qu’en un théâtre de l’intranquillité. Pour la préserver, je souhaite me confronter à des écritures nouvelles : celles du Russe Oleg Bogaïev et de l’Ivoirien Koffi Kwahulé, dont j’organise l’entrelacement dans le spectacle Sans nom. La solitude et la folie, deux de mes thèmes de prédilection, ont beau ne pas avoir de frontières, elles prennent partout où elles s’installent des formes singulières qui gagnent à mon avis à être réunies. Cette pièce est aussi l’occasion de creuser la question de l’exil, déjà effleurée dans mon triptyque. Notamment dans sa seconde partie, Dementia Praecox 2.0, qui se déroule dans un hôpital psychiatrique aux allures de Tour de Babel. Les grandes tragédies d’aujourd’hui sont aussi celles d’hier. Celles de toujours. 

L’auteur polonais Witold Gombrowicz, icône de la littérature polonaise, a par exemple vécu en exil en Argentine de 1939 à 1963. Au mois de mars, nous lui consacrons un festival qui a vocation à devenir un rendez-vous annuel. Pour accompagner mon Yvonne, princesse de Bourgogne, d’autres versions de la même pièce sont invitées. Cela afin d’offrir différentes lectures de ce texte qui fait pour moi depuis des années office de fil rouge. De nourriture à mon traitement du féminin qui, grâce aux sept superbes danseuses qui font désormais partie de ma compagnie, a pris beaucoup d’ampleur depuis l’ouverture du théâtre. Les mots de cette saison seront donc pour beaucoup des mots de femmes. 

Je suis heureuse aussi de participer au festival 12X12 porté par la mairie du 12earrondissement ainsi qu’à Culture au Quai, et d’inviter des artistes qui partagent mon goût de la radicalité : Eugenio Barba et sa compagnie l’Odin Teatret, le photographe Guy Delahaye ou encore la chanteuse hongroise Ágens, dont la voix résonne dans Requiem pour les artistes. Autour d’eux et de mes créations, de nombreux débats et rencontres seront proposés dans le cadre de notre Laboratoire de Radicalité Artistique. Parce que maintenant plus que jamais, nous avons besoin d’espaces de pensée. De lieux où partager nos remèdes contre l’enfermement et l’intolérance.

Elizabeth Czerczuk

 

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