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Être réceptif, car le mouvement se déploie sans prévenir

Éloge communicatif d’une folie pas très ordinaire

« La maladie mentale et l’humour noir constituent l’essence de cette pièce où tout n’est qu’illusion et déchéance », précise Elizabeth Czerczuk. 

Avec sa troupe, Elizabeth Czerczuk prend chaque spectateur par la main pour l’entraîner dans l’univers déjanté et glaçant de Dementia Praecox.

Quand ils ne grimacent pas, ils ricanent. Les personnages de cette non-histoire n’en font pas trop pour se faire remarquer, leur accoutrement suffit. Les costumes de Joanna Jasko, tout droit sortis de l’imaginaire collectif des asiles d’aliénés, les situent dans un univers parallèle. La metteuse en scène et chorégraphe, Elizabeth Czerczuk, ne livre pas les clés. Avec Dementia Praecox (démence précoce), inspiré des écrits du dramaturge Stanislaw Ignacy Witkiewicz (suicidé au lendemain de l’entrée des troupes russes en Pologne, le 17 septembre 1939), elle propose non pas d’assister à un énième spectacle sur la folie, mais à chacun, d’une certaine façon, d’en faire partie.

Être réceptif, car le mouvement se déploie sans prévenir

Que ce soit en prenant la main des présents pour les conduire jusqu’à la salle de spectacle, en les invitant à danser, ou en leur grommelant au passage quelques formules pas magiques pour deux sous. Parmi les personnages, un garçon-chien, muselé, allant à quatre pattes grogner aux genoux de l’un ou de l’autre. Une religieuse qui ne convertit personne. Pendant que l’un des personnages se fait « doucher » dans une baignoire à roulettes, un autre dingue, venu en courant du jardin intérieur, se précipite avec force sur la baie vitrée en hurlant. Le garçon-chien aboie et geint.

« La maladie mentale et l’humour noir constituent l’essence de cette pièce où tout n’est qu’illusion et déchéance », précise Elizabeth Czerczuk qui depuis octobre dernier met à l’honneur dans son théâtre (TEC, proche de la place de la Nation) le « patrimoine théâtral et dramaturgique polonais », avec des auteurs comme Witkiewicz, mais aussi Grotowski, Kantor, Gombrowicz. Peu, très peu de paroles intelligibles dans Dementia, quelques-unes en français, quand par exemple l’un des protagonistes déclare que, lorsque l’on fait de la publicité pour le papier toilette (des rouleaux sont offerts aux spectateurs), la troisième guerre mondiale n’est pas loin. Comme une critique évidente de la société de consommation et du système capitaliste dans son entier.

L’aventure s’apparente à une opération de survie. Dans un univers glacé qui n’exclut pas la sensualité torride, quand, munies de faux seins énormes et de fouets, quelques matrones font leur loi ; ou sur un mode différent, quand le garçon-chien, cette fois sur ses deux pattes, chante d’une voix forte et modulée : « Ne me quitte pas/Tout peut s’oublier »… accompagné par les trois excellent(e)s musicien(ne)s, de la compagnie, qui compte vingt comédiens présents sur le plateau. Foule devenue rare sur une scène. Une seule consigne peut être donnée : être attentif et réceptif, car le mouvement se déploie sans prévenir aux quatre coins de l’espace et même sur les murs pour une brève projection qui ajoute à la démesure du propos et renforce l’invitation à s’interroger sur la folie que l’on voudra.

Gérald Rossi, L'Humanité, 8 janvier 2018 

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