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Une histoire de dingues

Dementia Praecox

(Une histoire de dingues)

Oubliez le réalisme : Elizabeth Czerczuk, dans la lignée de Kantor et Grotowski, fait sauter les conventions théâtrales et nous invite à une expérience aussi puissante que déroutante.
Et très polonais ! Elle s'inspire ici librement de la pièce "Le fou et la nonne", écrite en 1923 par celui qui fut au début du siècle l'enfant terrible du théâtre polonais, le fulgurant dramaturge-écrivain-dessinateur Stanislaw Witkiewicz. Cette histoire de poète enfermé dans un hôpital psychiatrique parce qu'il est poète devient le prétexte à un paralèlle entre l'asile et notre société schizophrène.
Une dizaine de patients débarquent sur le plateau, dans une étrange parade. La démarche est saccadée, les rires nerveux, les yeux cernés de noir. Ils ont des bandages sur la tête.
Cette hallucination expressionnisten est-ce une farce ou le début d'un cauchemar ?
Les voilà pris durant 1h15 dans un tourbillon, avec danse macabre, processions diverses, séance de visionnage de "Culture pub" et scène de guerre. Le tout avec musique et éclairage très soignés. Sommes-nous plongés dans la folie de ces aliénés ou assistons- nous à l'aliénation des esprits sous l'effet de média omniprésents qui étouffent notre créativité ? Tout ça à la fois.
Entre les mouvements chorégarphiés et la quasi-disparition du texte, tout vient chambarder nos habitudes de spectateur. Du coup, les citation du dramaturge, de saint augustin, de Czerczuk qui pnctuent le spectacle jaillissent avec une force détonante. "Ce que je vis en moi prend la forme d'une sonate. Effroyable et insupportable", dit le Poète (Roland Girault, rien à voir avec son homonyme comique), avant de fondre en larmes. Le sens de l'absurde et du grotesque est redoutable. L'humour très noir.
Les 12 comédiens sont épatants. Formés par Czerczuk à cetet alternative au théâtre conventionnel, ils donnent tout. Voyez le voisinnage inattendu et explosif de Zbigniew Rola, un costaud qui se jette au sol, en pleine convulsion, de Véronique Rousset, qui hante le plateau tel un fantôme, et de Girault, avec son monologue sur l'art et un "jamais le monde ne m'a semblé aussi beau" bien caustique.
Ici, les comédiens s'adressent directement à nous. Ils nous tendent la main et nous invitent sur scène. L'effet, désarçonnant est d'autant plus réussi que la scène est bifrontale et qu'il s'y passe toujours quelque chose. Cette impression d'irréel tient aussi au lieu : la compagnie Théâtre Laboratoire a pris ses quartiers à la société des curiosités, un garage-hangar en sous-sol, pour le moins atypique (et pas glauque du tout), dans le XVIIIème arrondissement de Paris.
Bien plus qu'une simple performance, la conception radicale de ce théâtre, son exigence artistique et l'investissement  total des comédiens font de cette satire percutante du théâtre expérimental comme on n'en fait plus.

Mathieu Perez, Le Canard enchaîné, 27 avril 2016

Dans Théâtrorama, 23 décembre 2016

Depuis 2016, Elizabeth Czerczuk présente au public différentes étapes de « Dementia Praecox », une création inspirée librement par « Le fou et la nonne » du polonais St. I. Witkiewicz. Son travail s’inscrit dans la lignée directe de Tadeusz Kantor. La performance des interprètes déplace identités, espaces, et époques. Elle saisit chacun à l’orée de sa vérité et de son rapport à l’art. Rencontre avec Elizabeth Czerczuk, metteure en scène et chorégraphe, Roxy Théobald, comédienne-danseuse, Yvan Gradis, écrivain, romancier, comédien, et Sergio Gruz, musicien et compositeur.

Comment est né ce projet ?
Elizabeth Czerczuk : J’ai commencé ce travail l’année dernière, alors que le théâtre était en travaux et que nous étions en résidence à la Société de Curiosités. Nous avons présenté cinq étapes là-bas. Chaque jour apportait de nouvelles idées. Chaque spectateur nous a inspiré différemment. L’équipe s’est agrandie. On a commencé avec neuf comédiens, j’ai terminé le spectacle avec quinze comédiens au mois de juin 2016. Aujourd’hui, j’ai vingt comédiens danseurs. Il y a toujours de nouveaux comédiens qui veulent entrer dans le spectacle, dans l’espoir d’explorer de nouveaux horizons de l’art théâtral.

C’est-à-dire…?
Yvan Gradis : Il faut définir ce qui fait l’originalité d’Elizabeth Czerczuk, et son génie. Moi, je l’appelle « La Czerczuk », comme on disait « La Callas ». Elle a la force et la fragilité de la Callas. Pour définir son art, je dirai qu’Elizabeth est une très grande iconoclaste. Elle « casse » les schémas, et elle travaille avec des « débris » d’émotion, d’humanité. Elle essaie d’incarner, de représenter, d’illustrer sa vision de la société, du monde, qui est un monde fou, peut-être décadent. St. I. Witkiewicz parlait de la dégringolade de la religion, de la philosophie et de la société. Je pense qu’Elizabeth a comme souci de mettre en scène des « débris » d’humanité, ce qu’il reste, d’une éruption, d’un tremblement de terre, d’un séisme de civilisation. Ce qui m’intéresse chez elle, c’est qu’elle pratique le contraste. C’est un mot qui est apparu dans une de nos conversations récentes. Elle pratique beaucoup les ruptures de tons, les ruptures de niveau, elle passe du grotesque au sublime, de l’émotion à la critique sociale, de l’ironie à la folie… Elle passe de l’un à l’autre avec des transitions certes, mais de façon assez brutale.

Le langage qui s’écrit au plateau semble relativement hybride…
Roxy Théobald: C’est un travail qui offre des dimensions esthétiques théâtrales aujourd’hui inattendues. C’est vraiment une performance, qui prend aussi bien en compte la dimension musicale, la dimension théâtrale, et la dimension théâtre chorégraphié. On travaille aussi bien sur le mouvement, que sur la voix, que sur les textes. Toute cette intertextualité, il faut que ça bouge en nous. On n’est pas comédien ou danseur, on n’est pas dans une limite, on est comédien-danseur. D’autre part, les trois dimensions de la musique, du texte et de l’action fonctionnent vraiment de manière très intime. Chacune de nos actions est sur un moment musical très précis. On ne peut pas le faire ni avant, ni après. C’est tellement orchestré que ça touche l’intime tout le temps.

Sergio Gruz: On a beaucoup cherché pour que ça fonctionne. J’ai beaucoup travaillé en temps réel, en regardant les interprètes… La musique, c’est un dialogue avec les comédiens. J’aime quand la musique a une vie, et quand elle rentre dans la scène, c’est comme si s’ouvrait une troisième dimension. Elizabeth, elle travaille comme un compositeur. Un compositeur va choisir son instrument, et va écrire en fonction de celui qui le joue.

Elizabeth Czerczuk: La musique a toujours été pour moi un facteur de jeu indispensable. Elle n’est pas seulement complémentaire d’une expression chorégraphique, comme la lumière qui apporte l’esprit… La musique transporte les corps… elle déplace mon art plus haut, et toujours plus haut…

Quelles autres porosités sont mises en jeu, dans le travail d’Elizabeth ?
Roxy Théobald : « Dementia Praecox », c’est une double expérience. C’est une performance intérieure et extérieure. Elizabeth part vraiment de nous, de nos tripes, de notre intériorité. C’est comme un miroir tendu à nous-mêmes. On ne peut pas du tout tricher. Ce que j’aime, c’est que c’est un travail sur l’instant, sur le moment. On a un personnage, on a des directives de départ, mais ensuite, c’est vraiment le moment et l’instinct.

Elizabeth Czerczuk: Je me base toujours sur ce qu’il se passe à l’intérieur. Je rentre dans les tripes des comédiens, dans leur esprit. J’essaie de comprendre comment ils fonctionnent, quelle beauté ils cachent. Je travaille à partir de chaque comédien, à partir de sa propre vérité intérieure. Je ne sais pas travailler sur le cliché des personnages, même quand je prends l’oeuvre d’un auteur, j’ai du mal à faire quelque chose de fidèle à cet auteur. C’est pour ça que j’adore travailler avec Witkiewicz, car il donne beaucoup de liberté. Je prends des citations qui m’inspirent pour créer des images ou des photos. Souvent je deviens très obsédée, très déterminée pour réaliser ces photos que je reçois dans ma tête, et qui commencent à travailler en moi. Mais c’est toujours en connexion avec l’esprit des comédiens, qui, eux aussi, m’inspirent. C’est la création permanente.

Roxy Théobald : Aujourd’hui je suis danseuse, mais j’ai une formation de départ de linguiste et anthropologue. Lorsque j’ai rencontré Elizabeth, c’était mon cadeau. C’était la cohérence de tout mon parcours. En travaillant avec Elizabeth, je découvre chaque jour mes propres limites. C’est cette manière de nous emmener au-delà de nos propres limites, mais toujours dans une sorte de poésie imagée. Chaque jour, on franchit une étape. C’est ce qui me passionne, car on n’a jamais fini d’apprendre.

Laura Lalande, Théâtrorama, 23 décembre 2016

 

 

Dans L'Emancipation.fr, avril 2016

La magistrale mise en scène et recréation, conçue par Elizabeth Czerczuk, d'un texte de ce grand auteur polonais du début du XXe siècle nous ramène, par le jeu corporel des acteurs et la participation du public, aux audaces des années 1970. À celles de la pensée et de toutes sortes d’œuvres.

Liées notamment au courant de l'antipsychiatrie interrogeant la différence entre la « folie », c'est-à-dire la maladie, et la « normalité ». Des penseurs comme Foucault, Deleuze et Guattari, dont les héritiers se battent encore pour une autre conception du soin psychiatrique et de la philosophie politique qu'il suppose*, ont transformé pour longtemps la conception de ce domaine de la médecine, même si la régression néo-libérale, subordonnant la santé, comme tout, au coût et au rendement, rend très difficiles ces luttes des plus clairvoyants. Ont fleuri simultanément des créations théâtrales, comme celle de Peter Brook en 1967 reprenant un film de Peter Weiss : « Marat-Sade ou La Persécution et l'Assassinat de Jean-Paul Marat représentés par le groupe théâtral de l'hospice de Charenton sous la direction de Monsieur de Sade ».

Comme dans d'autres mises en scène de Brook et grâce à la disposition en rond, le public était lui aussi convié à intervenir. Le Bread and Puppet, avec ses grandes marionnettes de papier, contestait aussi l'ordre établi. Bob Wilson (« Le Regard du sourd ») prit le relais. La folie a été souvent assimilée à la subversion, et celle-ci à la folie - persécutée comme telle depuis la chasse aux sorcières du Moyen Âge jusqu'aux internements politiques de feu l'URSS ou d'ailleurs, encore pratiqués aujourd'hui : isolement et traitements punitifs tentant d'éradiquer la révolte et d'éviter la contagion…

Elizabeth Czerczuk le montre magnifiquement par cette oscillation de ses personnages entre la démesure et des visions lumineuses au bord de la voyance, totalement à contre-courant - celles de la plupart des vrais artistes et poètes. Un de ceux-ci en témoigne dans la pièce. Le travail des acteurs est remarquable dans le déglingage… La désarticulation des membres, de la tête, des genoux, poignets et mains, et la mobilité des muscles du visage, au rythme de la musique savante de Thierry Bertomeu, sont fascinantes. Les éclairages ajoutent au fantastique. Une telle intensité rendait sans doute les projections superflues. Une actrice nous montra sur ses doigts les marques de ces laborieux exercices. La participation du public, aimanté, conquis, pouvait, sans risquer d'affaiblir la tension dramatique, être poussée davantage. Ce spectacle, qui n'est pas un retour nostalgique au passé, mais la réhabilitation d'un théâtre tragico-politique, traversé d'un humour fracassant, évoque les luttes et les bouleversements actuels de notre société.

* En particulier Richard Gori (auteur de « La Fabrique des imposteurs », Éditions Les Liens qui Libèrent, 2014). Et Jean-Pierre Martin (auteur de « La Psychiatrie dans la ville » et de « La Rue des précaires », Éditions Erès, 2011).

Marie-Claire Calmus, L'Emancipation.fr, avril 2016

Par-delà Psychose et Création

DEMENTIA PREACOX – Par-delà Psychose et Création –

Libre et inspirée, Elizabeth Czerczuk donne à voir Le Fou et la Nonne de Stanislaw Witkiewiz à la Société des curiosités. Sa mise en scène, diamétralement dissociée de l’idée qu’on peut se faire (à tort) du théâtre conventionnel, s’inscrit à certains égards dans la lignée d’un Tadeusz Kantor et autres Grands du théâtre Polonais.

Directrice du Théâtre Laboratoire Elizabeth Czerczuk, la démarche singulière de cette créatrice obsessionnellement perfectionniste s’articule dans le fait de démantibuler harmonieusement corps et texte au profit d’une compréhension plus directe et sensitive : elle oppose réflexion et réception émotionnelle sans que l’une de ces facettes n’occulte l’autre. Elle propose d’expérimenter la folie à l’état brut, naturel, véritable. Elle rend sa splendeur perdue à cette démence mécanique et poétisée, ceci à mesure que se mettent en place les vignettes de tableaux dynamiques, sculpturaux, électriques et biens composés. L’ensemble repose solidement sur un socle en perpétuel peaufinage. Elle orchestre sa troupe in situ avec une brutalité délicate, une force fragile, celle qui la caractérise et pourrait également décrire le personnage qu’elle a joué lors de ses précédentes créations.

Davantage bipolaire que bi-frontale, la mise en scène relève d’une forme de réalité augmentée. Il y a là quelque chose de l’ordre d’une programmation 3D, artisanale, loin du numérique et au sein de laquelle on est appelé à déambuler dans les multiples dimensions qu’offre cet espace de curiosités ; ce qui fait du spectateur, si ce n’est un acteur, du moins un voyeur actif invité à franchir littéralement la frontière invisible qui trop souvent le sépare de la scène.

On prend alors plaisir à se confondre entre les charmes d’un théâtre traditionnel chaleureux et ceux d’un autre, mental sans être d’une inaccessible érudition, expérimental sans qu’il se fourvoie dans les tics artificiels et lamentablement factices s’exposant sur certaines scènes nationales.

Thibaut-Léo Koben, Rebelle(s) Mag, 7 juin 2016

Anne Pons, en état d'hypnose", 10 juin 2016

" Des émotions successives de toutes sortes et d'une grande richesse m'ont assaillie durant la soirée et ce n'est pas fini, car le spectacle s'imprime au fer rouge dans l'esprit comme aucune représentation théâtrale traditionnelle ne parvient à le faire. Merci de m'avoir associée à cette découverte qui sollicite tous les sens, l'esprit et le corps entier, au moyen du rythme, des intuitions et des pulsions, de la beauté visuelle, des liens entre les arts, dus au travail d'Elizabeth. J'ai assisté à l'ensemble dès le début en état d'hypnose, le souffle retenu, et l'extraordinaire promptitude des mouvements des acteurs engendrant paradoxalement un grand calme qui me permettait d'engranger tous mes réactions de façon claire et persistante. De percevoir aussi ce qu'il faut de volonté, d'autorité, et d'emprise sur les autres pour en extraire le meilleur d'eux-mêmes. "

Contes de la folie extra-ordinaire

Contes de la folie extra-ordinaire

La dernière de "Dementia Praecox", étonnant spectacle créé par le théâtre laboratoire Elizabeth Czerczuk, a eu lieu samedi à Paris. Après six mois d’évolution, ce tourbillon scénique bouscule les conventions théâtrales et redessine les rapports entre salle et scène. On attend la suite du projet avec impatience.

"Un théâtre troublant, déstabilisant, éprouvant aussi" (Crédit photo : Stéphane Jacquemin)

Un vaste garage-hangar dans le XVIIIe arrondissement parisien. Béton froid et nu. Un dispositif bi-frontal – " bipolaire ", corrige la production – où les spectateurs se font face. Entre eux ou parmi eux, un espace dans lequel des acteurs et danseurs déambulent déjà. Démarche saccadée ou traînante. Maquillages blafards, têtes de morts-vivants arborant de spectaculaires bandages. Tous sont cabossés, dans un univers où tout semble déréglé.

Comme Matka, “happening’’ ébouriffant présenté il y a deux saisons par la même compagnie, Dementia Praecox est une création très librement adaptée de l’œuvre de l’écrivain polonais Stanislaw Ignacy Witkiewicz. De la pièce d’origine, Le Fou et la Nonne, ne restent que quelques grandes lignes. Un artiste interné dans un asile. Une religieuse s’interrogeant sur sa dévotion.

Mais très vite, les autres malades font voler le cadre en éclats, laissant place à une explosion verbale, mais surtout corporelle ou gestuelle. Maladie mentale et humour noir se répondent. Frustrations, souffrances, séduction, érotisme, besoins inassouvis d’amour, de liberté aussi… Tout et tous se percutent et se contredisent. " On vient au théâtre pour qu’on nous fasse de la peine, glisse ainsi l’un d’entre eux. Et cette peine me fait plaisir ! "

" Besoin de quelque chose de caché "

Pourtant, l’essentiel est ailleurs. Il est dans la tentative de redéfinition revendiquée des liens traditionnels entre acteurs et spectateurs. Ainsi, dans Dementia Praecox, ces derniers sont-ils régulièrement sollicités, étroitement impliqués dans le mouvement d’affolement général, directement associés aux déplacements et au jeu des acteurs sur cette étrange scène. Au reste, certains d’entre eux étaient encore spectateurs il y a tout juste quelques mois ! " Tout ce que j’ai vécu me semble si petit maintenant ", assure, d’ailleurs, l’un d’entre eux. " La vie de mon âme, c’est toi ", lance un autre à l’adresse du public.

Elizabeth Czerczuk, en quête d'une réalité théâtrale augmentée (Crédit photo : Joseph Kruzel)
Elizabeth Czerczuk, en quête d'une réalité théâtrale augmentée (Crédit photo : Joseph Kruzel)

À l’issue du spectacle, Elizabeth Czerczuk, metteur en scène et chorégraphe dans la lignée des maîtres polonais Tadeusz Kantor et Jerzy Grotowski, explicitera partiellement la démarche propre à son “work in progress” (Dementia Praecox a trouvé sa forme actuelle au fil de cinq étapes successives initiées à compter de janvier dernier). " Ma direction d’acteurs n’est pas toujours facile ", a-t-elle assuré, avant d’ajouter : " Je cherche à effacer cette frustration entre artistes et public. Ce qui m’intéresse, c’est aller plus loin. J’ai besoin de quelque chose de caché. " Comme si elle était en recherche d’une réalité augmentée. Une sorte de “théâtre 2.0”, troublant, déstabilisant, éprouvant même. Mais dont on ressort avec le sentiment d’avoir assisté – participé un peu aussi – à une performance radicale comme la scène théâtrale en offre rarement l’occasion actuellement. Quant à la suite de cette recherche, elle pourrait prendre la forme, après l’été, d’un spectacle adapté de 4.48 Psychose, de Sarah Kane. 

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· Dementia Praecox, librement adapté de la pièce Le Fou et la Nonne de Stanislaw Ignacy Witkiewicz, mise en scène et chorégraphie d’Elizabeth Czerczuk, à la Société des Curiosités (Paris, XVIIIe).

 

Richard Caisse, Mediapart, 12 juin 2016

Plus qu'un spectacle, une expérience esthétique et sensible

La comédienne et metteuse en scène Elizabeth Czerczuk explore de manière contemporaine le répertoire de l'avant garde polonaise, celui de Stanislaw Ignacy Witkiewicz ("Matka") et de Witold Gombrowicz ("Le Cri d'Yvonne"), et de son "Maître" Tadeusz Kantor ("Le banc de l'école"), dans une approche qui ressort au Formisme, contemporain du surréalisme et du dadaisme.

Elle conçoit des spectacles dans un registre qu'elle qualifie de "théâtre chorégraphique", aux antipodes du théâtre stanislavskien, qui s'apparentent au théâtre total par leur syncrétisme incluant le texte, la dramaturgie du corps, la danse et la musique.

Avec "Requiem pour les artistes", elle décline la conception de Tadeusz Kantor sur le théâtre métaphysique, un théâtre de réincarnation.

Elizabeth Czerczuk y reprend également à son compte les éléments kantoriens récurrents tels les valises, matérialisation des souvenirs et actes de la vie passée, les fenêtres et les bancs d'écolier, pour signer un spectacle, comme toujours, atypique et singulier dans une radicalité artistique dont elle est l'unique praticante.

Sur une musique répétitive lancinante de Sergio Gruz, dans un décor de Joseph Kruzel qui, avec que des éléments simples, pose un univers onirique d'une inquiétante étrangeté, celui de la chambre de la mémoire, et les costumes d'inspiration burtonienne de Joanna Sroka Jasko, les officiants, comédiens(nes) et danseuses de la troupe de la compagnie du Théâtre Elizabeth Czerczuk, interprètent des morts-vivants, pantins désarticulés et souffrants, hantés par les événements traumatiques du passé et emportés dans une transe cathartique, symbole de l'anamnèse, par leur âme errante.

Plus qu'un spectacle, une expérience esthétique et sensible.

froggydelight.com, octobre 2017

Macabrantesque...

(Macabrantesque)


En sortant, on ne sait pas si on a assisté à une pièce, à un ballet, ou à une sorte d’opéra bizarroïde (peut-être tout cela à la fois), tant la dernière création de la Franco-Polonaise Elizabeth Czerczuk est passionnante et déroutante.


Dans la grande tradition du théâtre polonais, de Tadeusz Kantor et de Jerry Grotowski en particulier, Czerczuk se détourne des conventions théâtrales et privilégie l’expérimentation. Ici, on perd pied et on se laisse transporter par la musique (trois musiciens - violon, violoncelle, accordéon – sont dans un coin de la scène) comme le fait la vingtaine de créatures qui déboulent sur le plateau en pente.


Ce sont des morts-vivants. Ils arrivent d’un pas lent, la démarche crispée, mais se lancent ans des mouvements de danse, dont chaque geste est réglé au millimètre, comme la lumière. A leurs mains, des valises qui, une fois ouvertes laissent filer les souvenirs. Tel est le point de départ d’un voyage qui fait resurgir le passé.


Que se passe-t-il durant 1h45 ? La danse redonne vie à ces morts. Elle adoucit la rigidité des corps. Sauf pour ce petit bonhomme à barbichette et calvitie qui avance jusqu’à la fin comme une marionnette mécanique. Et elle prend dans son tourbillon des objets : des bagages d’abord, puis des chaises, que les excellents comédiens professionnels et ceux formés par Czerczuk (la distribution est essentiellement féminine) trimballent sur la tête, manipulent dans tous les sens, comme soudés à eux, et des tables d’écolier enfin, lors d’un retour à l’enfance, lorsque tous se mettent à réciter des poèmes appris en classe. « Sous le pont Mirabeau… » Du grotesque, de l’absurde, du macabre, ce poème visuel n’en manque pas.


Et, plus on regarde, plus on se sent regardé. De curieux personnages en pardessus noir, avec chapeau melon vissé sur la tête ou masque blanc, sont plantés derrière des fenêtres au fond du plateau. Ils suivent le spectacle et nous fixent par la même occasion. Ils s’amusent peut-être de cette étrange parade ou ne veulent rien rater du numéro  de cette ballerine, ni des ‘embrasse-moi » qu’elle lance à la fin, numéro qui ne sera sans doute pas tout à fait le même à la prochaine représentation… Ce « requiem » inaugure le nouvel espace de la compagnie Théâtre Elizabeth Czerczuk (T.E.C), dans le XIIe arrondissement de Paris. Désormais, on sait où aller pour voir danser la Polonaise !


Mathieu Perez, Le Canard enchaîné, 11 octobre 2017

Dantesque...

Dantesque,


Élisabeth Czerczuk nous entraîne au travers d’une chorégraphie dantesque, au fin fond des enfers où une voix envoûtante, langoureuse, réveille les morts.
Nous sommes plongés dans un univers souterrain qui nous prend aux tripes, nous renvoie à notre désir d’immortalité, obsession de vouloir repeindre notre vie, réaliser nos rêves inassouvis, réécrire cette vie bien trop courte.
Un désespoir anime tous ces êtres qui transportent leurs souvenirs dans leurs valises, fardeaux qui leur collent à la peau, les enfermant dans des existences faites de déchirements, d’isolement, de misère dont ils ne peuvent se défaire. Fatalité qui les ramène inexorablement à leurs destins. Les soubresauts des corps sont vains, les cris de désespoir, les pleurs n’y font rien. Les petits pas de la machine infernale restreignent toutes velléités.
Spectacle dansant, grandiose, chaleureux, énergique, d’une grande sensibilité qui nous charme par son esthétique, ses couleurs. La catharsis opère, nous sommes séduits.

Mireille Verenies, Holybuzz.com, 7 octobre 2017

Oubliez un peu tout ce que vous avez déjà pu voir au théâtre

Oubliez un peu tout ce que vous avez déjà pu voir au théâtre – ou ailleurs - et venez découvrir une forme d’expression artistique contemporaine plutôt originale qu’il n’est pas toujours possible d’admirer en salles ni très facile d’appréhender à premières vues ! En effet, dans un décor minimaliste au possible pour ne pas dire quasiment nu (juste 3 fenêtres) sur une scène en partie inclinée, déambule une vingtaine de comédiens et danseurs qui évoluent grimés outrageusement et accoutrés bizarrement façon gothique quelque peu criarde mais de manière assez bigarrée tels des morts-vivants parés pour une soirée style « zombies » en goguette.
Moitié dansé et moitié récité, ce spectacle moderne de mélange des genres plutôt expérimental sort vraiment l’ordinaire voire des sentiers battus, entremêlé de chorégraphies dites classiques mais pas très loin de celles du clip Thriller de Michael Jackson, d’interventions, textes, monologues et autres dialectes oraux énumérés tour à tour en français, en anglais et en polonais (d’autant que cette création originale est l’œuvre d’Elizabeth Czerczuk, originaire de Wroclaw en Pologne, également ici metteur en scène), d’une partition plus ou moins baroque, aussi hallucinée qu’angoissante et entêtante, grâce notamment à la présence de 3 musiciens jouant en live, ainsi que d’attitudes soient excessives, soient dévergondées, soient alors « tournoyantes » qui nous font un peu penser à certaines peintures de Magritte ou aux réactions enjouées et illuminées, empruntées aux films d’Emir Kusturica.
C’est que ce Requiem pour les artistes (polonais ?) fleure bon l’esprit slave de rigueur, sa folie ambiante autant que sa démesure appuyée ou du moins soulignée, sa radicalité chère à son auteur que sa vision créative déstructurée, déglinguée limite foutraque mais néanmoins structurée, sa réalisation au plus près des spectateurs que sa possession - ou son remplissage - de l’espace de tous les instants. Bref, une sorte de version « délirante » mais pas morbide du tout du Bal des vampires revu et corrigé à la tonalité anachronique et à la sauce « zombiesque ». En un mot, une œuvre surprenante dans tous les sens du terme....

C.L.B Sortiz.com, octobre 2017

Requiem pour les artistes au TEC : audacieux et ténébreux !

Requiem pour les artistes au TEC : audacieux et ténébreux !

Lors de la visite inaugurale du tout nouveau Théâtre Elizabeth Czerczuk ou TEC, l’esprit insufflé par la maîtresse des lieux nous avait impressionnés… L’initiation à son univers confidentiel se poursuit avec sa dernière création, Requiem pour les artistes. Ce « théâtre chorégraphique » nous mène d’un ballet funèbre à une apologie de la vie dans un style dont la beauté viscérale se trouve être à la fois saisissante et envoûtante.

Une musique ardente et imperceptiblement inquiétante accueille un cortège de morts-vivants aux costumes et maquillages troublants de perfection. Ces pantins désarticulés aux valises trop lourdes entament une danse convulsive dont la vigueur et l’intensité semblent trouver leurs sources dans le désespoir qui les habitent.

La purification nécessaire aux défunts pour atteindre un état de grâce va alors se manifester sous la forme d’une transe exutoire. Avec les valises en allégorie, ils explorent le passé, se heurtent à lui et éventuellement tentent de le rectifier. Finalement, ils vont parcourir un chemin les ramenant à la vie. Telle une résurrection, les personnages réinvestissent leurs corps avec agilité et alacrité.

La portée de ce spectacle est d’éveiller en chaque individu la conscience de sa propre condition. En effet, nous caressons tous l’espoir du bonheur. Mais lorsque celui-ci nous échappe, il ne reste plus que l’angoisse… L’aspect dramatique et funeste  qui nous est présenté a pour but d’éveiller en nous une catharsis.

Elizabeth Czerczuk sait guider sa troupe de façon à ce que l’individualité de chacun magnifie l’ensemble de cet art vivant. C’est assez époustouflant de voir à quel point les comédiens sont animés. Ils rendent chaque représentation unique car ils n’interprètent pas une chorégraphie, ils la vivent avec ferveur et passion.

Mention spéciale à l’accompagnement musical et visuel tout à fait remarquable !

Une chose est sûre, l’empreinte insolite et unique d’Elizabeth Czerczuk ne vous laissera pas indifférent…

Jean-Philippe, UnitedStatesofParis.com, octobre 2017

 

Elizabeth Czerczuk rouvre son théâtre après travaux avec un spectacle plein d’énergie inspiré par les maîtres polonais

Elizabeth Czerczuk rouvre son théâtre après travaux avec un spectacle plein d’énergie inspiré par les maîtres polonais. 

Lorsqu’on pénètre à l’intérieur du tout nouveau Elisabeth Czerczuk Théâtre, situé dans un immeuble d’une petite rue du XIIe arrondissement de Paris, on se demande si on ne s’est pas trompé de lieu. Ces murs noirs et grenat, ces lustres en cristal, cet alignement de mannequins vêtus de cuir évoquent davantage un lieu voué au libertinage qu’un théâtre et laboratoire de radicalité artistique ! Pourtant, la maîtresse des lieux, Elisabeth Czerczuk, née à dans la patrie de Jerzy Grotowski (auprès duquel elle a travaillé), Tadeusz Kantor et Henryk Tomaszevski, assume pleinement cette théâtralisation destinée à « installer immédiatement le visiteur dans une ambiance particulière, qu’il retrouvera dans les spectacles ». De fait, on comprend dès les premières secondes de sa nouvelle création, Requiem pour les artistes, que l’on a affaire à une proposition tout aussi insolite que le lieu dans lequel il est présenté. Bienvenue donc en enfer où une cohorte de morts-vivants, lestés de lourdes valises, revit son passé. L’héritage avec les grandes figures du théâtre polonais est évident : les vieux bancs et pupitres de bois, les valises, la mort qui rôde, évoquent le vocabulaire et les obsessions de Tadeusz Kantor qui révolutionna la scène théâtrale française au milieu des années 70.

Tourbillon d’images fortes

L’idée d’art total, chère à Kantor, s’inscrit aussi pleinement dans ce spectacle où musique, danse et mime tiennent plus de place que la parole, elle-même murmurée, criée ou pleurée, en polonais, italien, anglais, français… Qu’est-ce que cela raconte ? On n’est pas sûr de toujours tout comprendre. Qu’importe ! Il faut accepter de se laisser porter, de plonger dans ce tourbillon d’images fortes et de mouvements mécaniques, dans ces apparitions oniriques où le surréalisme n’est jamais bien loin. Il y a du Tim Burton dans les maquillages et les costumes, du Dali dans cette pente inclinée qui déstructure la perspective, du Bob Wilson dans les mouvements – même s’ils n’atteignent pas sa précision millimétrée. Il se dégage surtout une formidable énergie, une envie de se donner entièrement, et la croyance que le théâtre est un art nécessaire autant que cathartique. Sans doute aurait-il fallu plus de contrastes pour que l’envoûtement soit complet, sans doute le travail d’Elisabeth Czerczuk tient-il plus de l’hommage, même revisité au XXIe siècle, que de l’invention véritable d’une expression scénique. Il reste que par sa démarche sincère, par l’engagement des artistes, par sa force vitale, ce spectacle invite à un embarquement immédiat.

Isabelle Stibbe, La Terrasse, 14 octobre 2017

Ici, rien n'est laissé au hasard.

Dementia Praecox : état de dégénérescence chronique et psychotique survenant chez les jeunes adultes.


Justement, ils viennent nous chercher au bar, ces jeunes « dégénérés chroniques et psychotiques ».
Dans une espèce de ronde des fous, une sorte de chenille aliénée, ils vont nous conduire dans la salle du T.E.C.

Très vite, nous allons nous rendre compte que ces étranges personnages forment une société-miroir, en loques, en camisoles aux longues manches et aux poignées intégrées, en muselières et collerettes en matière plastique transparente, en crinolines métalliques, ou en pseudo uniformes militaires.

C'est notre monde en fusion qu'on nous donne à voir, c'est sa folie, sa dérision, c'est sa démence.

Elizabeth Czerczuk nous propose une vertigineuse et magnifique plongée dans cette satire de nos sociétés malades.

A la croisée des chemins de la danse, du théâtre, de la performance scénique, de l'expérimentation, les quelque vingt-cinq comédiens vont nous mettre face à nos propres aliénations et à nos propres responsabilités dans ce qui est ou va arriver.

Ils seront accompagnés par trois musiciens en direct (accordéon, violon et percussions), ainsi que par les loops, les boucles, les pulsations et les musiques oniriques et troublantes de Julian Julien.

Nous allons assister à différents tableaux plus forts, plus coup-de-poing les uns que les autres.
Ce sont des chocs visuels, sonores, dramaturgiques qui nous sont proposés, ainsi que des chorégraphies suaves, sensuelles, intenses et interactives (votre serviteur s'est retrouvé à se déhancher comme un beau diable sur le dance-floor de cet hôpital à la fois psychiatrique et apocalyptique.

Et puis, après que l'on nous eût distribué des lambeaux de coupures de presse, voici cet homme en long manteau fabriqué de bandes de journaux.

Tel un magnat halluciné de l'information, tel un Citizen Kane atteint au dernier degré de schizophrénie, tel un Mark Zukerberg on ne peut plus paranoïaque et lucide, il nous prévient : la publicité pour le papier toilette va déclencher la troisième guerre mondiale !

En me prenant par l'épaule, et en me faisant déambuler à ses côtés, j'ai pleinement compris son message.

Ici, tout nous explose à la figure, tout nous saute au visage : la musique, le son, les chansons (nous entendrons, complètement bouleversés, une sublime et peut-être ultime version de « Ne me quitte pas ») !

Art viscéral, art plus que brut, théâtre expérimental, engagé, expression cathartique de nos incohérences ?
Certes. Mais ici, rien n'est laissé au hasard.

Elizabeth Czerczuk, metteure en scène et chorégraphe orchestre tout ceci de façon millimétrée, en adaptant librement la pièce « le fou et la nonne » de l'auteur polonais Stanislas Ignacy Witkiewitcz.

Que de travail, que de boulot, que d'heures de répétitions pour nous jeter en pleine figure cette apparence de chaos !
On ne peut pas dire qu'assister à ce spectacle laisse indifférent.
Au contraire, nous sommes vraiment pris à partie par le biais de cette folie communicative, à la fois originelle et ultime, par cette impression de vivre une expérience aliénante et en même temps libératrice.
Oui, c'est un théâtre qui vous entraîne dans un maelström poétique, dans une pulsation démentielle et une sarabande exutoire.
C'est un théâtre qui fait que le chroniqueur-critique n'a qu'une envie en sortant de la salle : coucher sur le papier ses impressions le plus à chaud possible, afin d'essayer de transcrire au mieux tout ce qu'il a vu et ressenti.

Ils sont finalement rares, ces spectacles-là.

Yves Poey, De la Cour au Jardin, 8 décembre 2017

 

"Dementia Praecox" : une oeuvre d'art aussi fascinante que dérangeante

"Dementia Praecox" : une oeuvre d'art aussi fascinante que dérangeante 

Sur scène s'opère une représentation de la vie. Et qu'est-ce donc qu'une représentation de la vie sinon l'art ? "Dementia Praecox" questionne la relation qui existe entre une oeuvre et son public. Le spectateur est nécessaire pour que l'art ait une existence. Sans personne pour l'appréhender, alors il ne signifie plus rien. Le spectateur fait partie intégrante de l’oeuvre. 

Le spectacle envahit tout l'espace. Il n'y a pas une scène prédéfinie. Alors que le public attend devant le coin bar, les comédiens défilent les uns derrière les autres. Ils poussent des cris spontanés, éclatent de rires hystériques, survenus de nulle part, qui s'arrêtent aussi promptement qu'ils se sont échappés. Ils nous regardent, nous dévisagent, nous découvrent. Nous sommes leur spectacle. Ils jouent avec nous, ils jouent de nous. 

Les habits et les coiffures sont ceux des fous. On ne sait pas bien à quoi ce mot se réfère, mais on sait que c'est fou car ce n'est pas normal, ce n'est pas ce dont nous avons l'habitude. Les démarches sont singulières ; s'organise une sorte de chorégraphie, qui sera plus ou moins dansée en fonction des moments. Il se dégage une émotion bien réelle de l'échange entre le jeu et le public. La performance en elle-même est remarquable : l'exercice est très physique et demande un grand investissement du corps. Mais les artistes mobilisent également leur sensibilité. Se manifestent chez les spectateurs des sentiments similaires à ceux qui nous touchent lorsque nous traversons une galerie où sont exposés les chefs-d'oeuvre d'artistes performants : de la nostalgie, du dérangement, de la tendresse, de l'espoir… Cette oeuvre bouleverse. 

Nous serons parfois invités à participer à ce qui ressemble à une fête. Le public est installé de part et d'autre de l'aire principale de représentation. Les comédiens iront les chercher un par un, les invitant à se joindre à eux. Déjà l'on observe une façon différente de se mouvoir. Les fous dansent sans se référer aux regards des autres. Ils dansent comme ils en ont envie, pour eux. Alors, nos gestes à nous aussi, sans que nous y fassions attention, s'allongent, se désorganisent. Les comédiens nous libèrent pour quelques instants des conventions sociales. 

Il n'y a que trois types de personnes qui ne se retrouvent pas enchaînées par les normes de la culture : les enfants, qui ne sont pas encore formatés comme la société le voudrait ; les artistes, qui s'affranchissent d'eux-mêmes ; les débiles mentaux (au sens psychologique du terme), qui appartiennent à une autre réalité. Trois types que nous apercevons simultanément devant nous.

La représentation n'est plus seulement de l'ordre du théâtre ; elle devient un art hybride, y mêlant peinture et musique. Le spectacle nous fait l'effet d'un immense tableau vivant et mouvant. C'est une expérience visuelle et auditive qui pourra sembler déroutante pour certains, mais qui sera primordiale pour tout ceux qui s'intéressent à l'art et la société, et au rapport intime qu'il existe entre ceux-ci et l'être humain.

Ludivine Picot, La Revue du spectacle,  Mercredi 13 Décembre 2017 

Création foisonnante qui se déploie partiellement en libératoire et en interactivité totale avec le public

Saisie au vol par une oreille attentive, une phrase prononcée au cours d'un prologue déambulatoire, annonce le registre du spectacle auquel convie Elizabeth Czerzuk avec "Dementia Praecox 2.0", la dernière mouture en date d'un opus en working process permament : "une catharsis dont vous sortirez, peut-être, indemne".

Soit une immersion dans le monde de la folie inspirée par une oeuvre du dramaturge polonais Stanislaw Ignacy Witkiewicz qui, prônant la théorie de la forme pure, s'inscrit dans la mouvance de l'avant-gardisme du début du 20ème siècle, du surréalisme du théâtre Dada au théâtre mécanique des Futuristes, avec la recherche de nouvelles formes dramaturgiques et de mise en scène qui, d'une part, seraient libérées de l'entrave verbale que constitue le texte.

Et d'autre part, elles ne viseraient pas à la représentation illusionniste assujettie au réalisme et au psychologisme mais à un théâtre d'images dans le rapport au réel, vécu conjointement par les acteurs et les spectateurs, dans un système de jeu plastique basé sur la dramaturgie du corps qui se rapproche du théâtre performatif contemporain.

Dans "Le Fou et la Nonne", sous-titrée "Le malheur des uns fait le malheur des autres" et présentée par son auteur comme une "courte pièce en trois actes et quatre tableaux, dédiée à tous les fous du monde, y compris ceux des autres planètes de notre système ainsi que des planètes des autres soleils de la voie lactée et autres galaxies et à Jan Mieczyslawski", Witkiewicz décline, à travers les personnages d'un poète interné dans un asile psychiatrique qui tombe amoureux d'une nonne chargée de l'apaiser, les thématiques récurrentes.

Soit, et entre autres et outre la déclinaison des rites sabbatiques de la Nuit du Walpurgis, la frontière fluctuante entre folie et normalité ainsi qu'entre génie et folie, la société répressive dont les artistes sont les premières victimes, l'anticléricalisme, l'érotomanie et la parodie de la psychanalyse.

Comédienne et metteuse d'origine polonaise totalement investie dans cette démarche artistique placée sous les figures tutélaires de Tadeusz Kantor et Jerzy Grotowski, Elizabeth Czerczuk vise donc à un "théâtre chorégraphié" qui préside à cette création foisonnante qui se déploie partiellement en libératoire et en interactivité totale avec le public qui est invité à rejoindre la sarabande des fous.

Dans une esthétique de cabaret expressionniste avec la musique-fusion originale de Sergio Gruz et  Julian Julien et les extravagants costumes confectionnés par Joanna Sroka Jasko, se déroule une succession de scènes menées par la troupe du Théâtre Elizabeth Czerzuk composée de comédiens, chanteurs et danseurs au parcours atypiques. 

Procession des fous, déambulation psychotiques, sarabande des camisoles, tour de Babel des démences en cacophonique volière polyglotte à l'instar du cosmopolitisme des officiants, parade de freaks et miroir tendu à la face du monde, s'avèrent, selon la sensibilité de chacun, ou/et sidérantes, fascinantes, déroutantes, roboratives, angoissantes, jubilatoires.

MM, Dementia Praecox 2.0, froggydelight.com

Le théâtre Polonais, c'est de la folie

Le théâtre Polonais, c'est de la folie

La compagnie d’Elizabeth Czerczuk, à Paris, développe un art cathartique expérimental d’une grande singularité

Derrière une façade discrète de la rue Marsoulan, dans un XIIe arrondissement où les lieux culturels se font rares, le Théâtre Elizabeth Czerczuk offre au visiteur un dépaysement immédiat. Rouvert le 5 novembre, après des travaux qui, selon les habitués, l’ont rendu méconnaissable, l’endroit nous introduit dans l’univers tout en contrastes de l’artiste d’origine polonaise. Peintures noir et rouge, lustres en cristal, mannequins de plastique aux tenues dignes de films d’épouvante de série B… Nous sommes là très loin des atmosphères neutres de nos théâtres publics, conçus pour accueillir des esthétiques diverses. Rien à voir non plus avec le luxe désuet affiché par la plupart des théâtres privés. Privé, le Théâtre Elizabeth Czerczuk l’est pourtant. Mais d’une manière bien à lui. Propriété de la compagnie dont il porte le nom, il est le laboratoire d’un théâtre qui puise ses racines chez les grands maîtres polonais des années 1950-1970.

C’est au bar du théâtre, au début du spectacle Dementia Praecox 2.0, que nous rencontrons Elizabeth Czerczuk. Vêtue d’une robe blanche aux armatures apparentes, une poupée dans les bras, elle va comme chaque soir à la rencontre du public avec les interprètes de sa pièce. Le visage livide et la tête ceinte de bande- lettes, habillés de blouses d’hôpital, agités par des tremblements mais le sourire aux lèvres, ils entraînent leurs convives d’un soir jusqu’à une baignoire installée un peu plus loin. À l’intérieur, un jeune homme presque nu se laisse frotter le corps par un compagnon muni d’une brosse, tandis que d’autres entreprennent de le tirer à travers le hall du théâtre.

« Je veux entrer en contact de manière directe avec le spectateur. Lui offrir une catharsis qui lui permette de s’extirper un temps du galop quotidien dans lequel nous vivons », explique l’artiste. Tous aussi intenses, souvent chorégraphiques, une série de tableaux de folie se succèdent. Glaçants et drôles à la fois. Superbes.

Aménagée pour l’occasion en un dispositif bifrontal, la salle transformable de 200 places offre un espace idéal à la révélation des tics et des obsessions de chacun des vingt personnages, plus les trois musiciens qui rythment leurs étranges rituels. Parmi ces  créatures remuantes, certaines se détachent. Une nonne aux déhanchements et au swing spectaculaires, notamment, ainsi qu’un poète qui s’exprime par citations. Parmi lesquelles des bribes du Fou et la Nonne (1923) de l’écrivain, philosophe et peintre Stanis- law Witkiewicz (1851-1939), méconnu en France mais célèbre en Pologne.

Auteur favori d’Elizabeth Czerczuk, ce dernier est à l’origine de bon nombre des spectacles qu’elle crée depuis 1992 avec sa compagnie. Comme Requiem pour les artistes, par exemple, spectacle-hommage à Witkiewicz, à Antonin Artaud et à Tadeusz Kantor (1915-1990), avec qui elle a fait ses débuts en Pologne, où elle a aussi travaillé avec Jerzy Grotowski (1933-1999). Un artiste dont le « théâtre pauvre », centré sur le corps de l’acteur, a marqué les scènes françaises et internationales à partir des années 1970.

En mars prochain, Matka, librement inspiré de La Mère, de Witkiewicz, viendra clore le triptyque sur le purgatoire entamé avec Requiem. Après quoi, Elizabeth Czerczuk poursuivra le développement de son théâtre, qu’elle revendique comme « total » et « métaphysique ». « Métissé » également, du fait de son ancrage français de longue date – dès 1991, elle est entrée au Conservatoire de Paris où elle a suivi l’enseignement de Daniel Mesguich, de Philippe Adrien ou encore de Jean-Pierre Vincent et de son désir de trouver un langage adapté à son public. Un public qu’elle juge « très différent de celui de ses maîtres ». « Soumis non seulement à un autre rythme de vie, mais aussi à un flux d’images que le théâtre doit permettre d’interrompre le temps d’une représentation. Pour nous reconnecter à notre part de fantasmes. »

Autant qu’un théâtre cathartique, c’est donc un théâtre de résistance que pratique Elizabeth Czerczuk, accompagnée par des artistes fidèles et de nouvelles recrues. Par les élèves de son Laboratoire d’expression théâtrale aussi, qu’elle forme tout au long de l’année à son « théâtre du corps et de l’émotion ». À son art du paradoxe, où la mort est pleine de tendresse et la folie très saine dans son refus duprêt-à- penser. Dans son goût de l’échange et de la réflexion qui fait du lieu d’Elizabeth Czerczuk un endroit à part, lequel accueillera bientôt en résidence d’autres compagnies aux esthétiques « radicales ». Un adjectif que la maîtresse des lieux ne craint pas d’employer en ces temps de modération théâtrale.

Anais Heluin, Politis, 21 Décembre 2017 

 

 

Un art total tourné vers le happening

Un art total tourné vers le happening

Vous souvenez-vous de la Giselle de Mats Ek ? C'est dans le même univers, celui d'un  hôpital psychiatrique que nous emmène par le théâtre, le mime et la danse Elizabeth Czerczuk dans un périple au cours duquel le spectateur aura tout loisir de côtoyer, voire d'étudier de près, de très près même, toutes sortes d'aliénés. En effet, en franchissant sa porte, ne rêvez pas vous retrouver confortablement assis dans un fauteuil comme vous en avez l'habitude dans un théâtre classique, n'espérez pas boire les paroles de vos comédiens préférés de la même manière que s'ils étaient sur un plateau, ne vous imaginez pas vous pâmer devant les entrechats de vos étoiles favorites comme si vous étiez à l'Opéra, ne pensez pas goûter à la musique comme lorsque vous vous trouvez vautré dans votre divan. Non, vous partagerez l'intimité de ces êtres et leurs états d'âme, vous les côtoierez comme s'ils faisaient partie de votre cercle d'amis les plus proches, vous vivrez leur quotidien tel qu’ils le vivent. Car Elizabeth Czerczuk, élève et émule de Jerzy Grotowski, polonaise tout comme lui, a éprouvé l'envie et le besoin de bousculer les traditions et de vous extraire de vos habitudes, afin de vous faire vivre aussi intensément que possible les personnages qu’elle met en scène, avec lesquels elle cohabite, auxquels ses acteurs et elle-même s’assimilent. Fondateur du « Théâtre laboratoire (Teatr Laboratorium) de Wrocław », Grotowski doit en effet sa notoriété au fait que ses spectateurs, en très petit nombre, partageaient le même espace scénique que les acteurs. Pas de décor, pas d'effets de lumière, pas de grimage, pas de costumes. Pour Grotowski, "l'acteur était le tout du théâtre et le théâtre était là pour favoriser son passage à un degré d'humanité plus vrai que le degré quotidien. Tout se jouait donc sur l'extraordinaire intensité dramatique et physique d'artistes supérieurement entraînés, sur les qualités expressives de leur voix et sur leur présence presque insoutenable dans l'espace. En dépit de son éclat parfois violent, l'action obéissait à la précision rigoureuse et comme nécessaire d'un rite". En fait, ce n’était pas un théâtre au sens habituel du terme mais plutôt un institut « scientifique » qui se consacrait à la recherche dans le domaine de l’art de l’acteur, un théâtre qui, comme l'a écrit Peter Brook, serait un "véhicule  qui entraîne ses passagers moins à représenter des rôles qu'à se connaître eux-mêmes et, surtout, à se reconnaître entre eux. (…) L'acteur est une fin, alors que le rôle est secondaire ; le rôle est un attribut du théâtre, et pas un attribut de l'acteur." 

Cette technique, fondée par conséquent "sur le travail de l’intégralité du corps et des émotions" est aussi celle d’Henryk Tomaszewski dont Elizabeth Czerczuk a également été non seulement l’élève mais, aussi, la première directrice de son théâtre après sa mort. Si la conception du spectacle chez Grotowski était davantage tournée vers le théâtre, celle de Tomaszewski l’était surtout vers le mime et la danse. Toutefois ces deux artistes partageaient le même intérêt passionnel pour toutes les formes de rituels et de pratiques contrôlées de la transe. Il en résulta la conception d’une technique corporelle plus exigeante et d’un système de représentation davantage centré sur l'identification du corps à l'objet que sur les émotions ou le rapport du sujet à l'objet. L’art d'Elizabeth Czerczuk, qui fonda en 2013 le Théâtre-laboratoire qui porte désormais son nom, résulte de la fusion des deux techniques élaborées par ses deux maîtres, Grotowski et Tomaszewski. Pour cette artiste, la participation du public à ses spectacles permet à celui-ci de se libérer de ses angoisses afin de mieux se déplacer dans l’espace de la vie. Ce lieu, qui vient tout juste d’être rénové et agrandi, lui permet désormais, outre de présenter ses spectacles, d’accueillir en résidence de nouvelles compagnies.

Eloge du monde de la folie auréolée d’une musique originale signée Sergio Gruz et Julian Julien, Dementia Praecox2.0 est le second volet d’une trilogie dont les deux autres, Requiem pour les artistes et Matka, ont été composés antérieurement. Dans cette pièce interactive vue sous l’angle de Tadeuz Kantor dont l'art s'inspirait du constructivisme, du dadaïsme et du surréalisme, se côtoient une vingtaine de personnages somptueusement nippés, tous atteints de différents types de folie à divers degrés, depuis la perte de confiance jusqu’à la folie furieuse, en passant par la prostitution par manque d’amour. Tout l’art de la chorégraphe-metteur en scène, toute sa force et son talent consistent à rendre ses personnages actuels, à faire en sorte qu'ils soient parfaitement « lisibles », à contraindre le public à partager leur état, afin "d’éveiller sa sensibilité pour qu’il comprenne les angoisses et la souffrance de ses aïeux". D’où la nécessaire promiscuité - pour ne pas dire fusion - entre acteurs-danseurs et spectateurs. Cela pourrait paraître parfois dérangeant pour ces derniers. Ce ne l’est pas, et c’est bien là le prodige car tout se passe dans la confiance et, finalement, le message est parfaitement perçu. S'il n'est pas réellement nouveau, ce processus créatif qui redimensionne le travail du comédien entraîne le public dans une véritable catharsis et permet au théâtre contemporain de se réengager dans une voie encore insuffisamment explorée.

Jean Marie Goureau, Critiphotodanse, décembre 2017

Scènes d’une folie peu ordinaire

Immersion dans le monde de la folie, Dementia Praecox 2.0 d’Elizabeth Czerczuk puise chez les maîtres polonais sa capacité à s’attaquer au présent. Avec une inquiétante et inhabituelle beauté. 

C’est dans une robe blanche aux armatures apparentes, un enfant de tissus bien calé dans les bras, qu’Elizabeth Czerczuk se présente au public rassemblé au bar de son théâtre. Sa démarche tournoyante et son expression étrange, méditative, fait office de signal de ralliement. Le visage assorti à la tenue de la maîtresse de maison, la tête couronnée de bandages et le corps parcouru de spasmes, la vingtaine de danseurs et comédiens de Dementia Praecox 2.0 rejoint la mère-derviche aux longs cheveux blonds. Et entame sans attendre une série de petits rituels qui nous feront traverser une partie du superbe lieu de l’artiste d’origine polonaise, dont les peintures rouges et noires et les allures de cabinet de curiosité gothique s’accordent à la mise des créatures souriantes malgré l’enfermement qu’on devine. Malgré la douleur. Quelque part entre le surréalisme et le burlesque, la compagnie d’Elizabeth Czerczuk reprend son petit manège de vie et de mort là où l’avait laissé son Requiem pour les artistes, première partie d’un triptyque sur le purgatoire qui s’achèvera au mois de mars avec Matka. Après un hommage explicite à ceux qu’elle reconnaît comme ses maîtres – parmi lesquels Tadeusz Kantor, Antonin Artaud Jerzy Grotowski, avec qui elle a travaillé à ses débuts en Pologne –, l’artiste adapte très librement Le Fou et la nonne (1923) de Stanislaw Witkiewicz. Un écrivain, philosophe et peintre assez peu connu en France mais fameux en Pologne, dont l’œuvre théâtrale fut consacrée à la recherche d’une « Forme pure ».

Scènes d’une folie peu ordinaire

Davantage visuelle, physique et musicale – excellents, Thomas Ostrowiecki à la percussion, Anne Darieu au violon et Karine Huet à l’accordéon se joignent au mouvement général – que textuelle, la pièce d’Elizabeth Czerczuk offre une expérience cathartique peu commune. Foisonnante et d’une grande précision. Immersive, mais jamais au détriment du sens, priorité de la comédienne et metteuse en scène qui cultive son entre-deux théâtral depuis son entrée au Conservatoire de Paris en 1991. À travers leurs scènes de folie débridée et tout en contrastes, la nonne rockeuse, le fou verbeux et tous les bizarres personnages de Dementia Praecox 2.0 composent en effet un miroir de notre temps dans lequel on se mire avec un bonheur mêlé d’effroi. Formés pour moitié environ au Laboratoire d’Expression Théâtrale que dirige Elizabeth Czerczuk au sein de son théâtre, les interprètes de cette fresque hybride n’ont qu’à déployer leur pantomime tressautante pour dire leur rapport au monde. Leur culte du paradoxe et leur méfiance envers l’image, qu’ils prennent visiblement plaisir à malmener lors d’une courte projection de Culture Pub et d’une distribution commentée de journaux. Tendres autant que bagarreurs, les aliénés qui investissent la belle salle transformable de deux cents places de ce théâtre si singulier n’ont guère besoin de beaucoup de mots pour nous en conter beaucoup.

Anais Heluin, La Terrasse, 20 décembre 2017

Théâtre Elizabeth Czerczuk
20 rue Marsoulan
75012 Paris
01 84 83 08 80/ 06 12 16 48 39
contact@theatreelizabethczerczuk.fr

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