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Une histoire de dingues

Dementia Praecox

(Une histoire de dingues)

Oubliez le réalisme : Elizabeth Czerczuk, dans la lignée de Kantor et Grotowski, fait sauter les conventions théâtrales et nous invite à une expérience aussi puissante que déroutante.
Et très polonais ! Elle s'inspire ici librement de la pièce "Le fou et la nonne", écrite en 1923 par celui qui fut au début du siècle l'enfant terrible du théâtre polonais, le fulgurant dramaturge-écrivain-dessinateur Stanislaw Witkiewicz. Cette histoire de poète enfermé dans un hôpital psychiatrique parce qu'il est poète devient le prétexte à un paralèlle entre l'asile et notre société schizophrène.
Une dizaine de patients débarquent sur le plateau, dans une étrange parade. La démarche est saccadée, les rires nerveux, les yeux cernés de noir. Ils ont des bandages sur la tête.
Cette hallucination expressionnisten est-ce une farce ou le début d'un cauchemar ?
Les voilà pris durant 1h15 dans un tourbillon, avec danse macabre, processions diverses, séance de visionnage de "Culture pub" et scène de guerre. Le tout avec musique et éclairage très soignés. Sommes-nous plongés dans la folie de ces aliénés ou assistons- nous à l'aliénation des esprits sous l'effet de média omniprésents qui étouffent notre créativité ? Tout ça à la fois.
Entre les mouvements chorégarphiés et la quasi-disparition du texte, tout vient chambarder nos habitudes de spectateur. Du coup, les citation du dramaturge, de saint augustin, de Czerczuk qui pnctuent le spectacle jaillissent avec une force détonante. "Ce que je vis en moi prend la forme d'une sonate. Effroyable et insupportable", dit le Poète (Roland Girault, rien à voir avec son homonyme comique), avant de fondre en larmes. Le sens de l'absurde et du grotesque est redoutable. L'humour très noir.
Les 12 comédiens sont épatants. Formés par Czerczuk à cetet alternative au théâtre conventionnel, ils donnent tout. Voyez le voisinnage inattendu et explosif de Zbigniew Rola, un costaud qui se jette au sol, en pleine convulsion, de Véronique Rousset, qui hante le plateau tel un fantôme, et de Girault, avec son monologue sur l'art et un "jamais le monde ne m'a semblé aussi beau" bien caustique.
Ici, les comédiens s'adressent directement à nous. Ils nous tendent la main et nous invitent sur scène. L'effet, désarçonnant est d'autant plus réussi que la scène est bifrontale et qu'il s'y passe toujours quelque chose. Cette impression d'irréel tient aussi au lieu : la compagnie Théâtre Laboratoire a pris ses quartiers à la société des curiosités, un garage-hangar en sous-sol, pour le moins atypique (et pas glauque du tout), dans le XVIIIème arrondissement de Paris.
Bien plus qu'une simple performance, la conception radicale de ce théâtre, son exigence artistique et l'investissement  total des comédiens font de cette satire percutante du théâtre expérimental comme on n'en fait plus.

Mathieu Perez, Le Canard enchaîné, 27 avril 2016

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