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L'univers génial et décadent d’Elizabeth Czerczuk ou le bonheur d’être surpris

Envie de vous laisser surprendre ? Marre des dadas du moment, des thèmes qui flattent la boboïtude bien-pensante ? Foncez rue Marsoulan. Et vous qui entrez ici, perdez toute connexion avec le monde réel.

Le théâtre d’Elisabeth Czerczuk a rouvert ses portes le 5 octobre dernier, agrandi et spectaculairement rénové. Actuellement s’y joue Matka, le dernier de la trilogie les Inassouvis commencée avec "Requiem pour les Artistes" puis "Dementia Praecox 2.0". Plus qu’un spectacle, c’est un univers, surréaliste et décalé, qui invite le spectateur à s’y immerger.

Ce lieu hors du temps, discrètement éclairé de lustres de cristal, à l’esthétique baroque et épurée tout à la fois, a sa magie propre. La jeune femme qui accueille le public, visage de poupée et robe bouffante, pourrait sortir d’un manga. Avant la représentation, le spectateur est accueilli au bar par une haie de mannequins de cire, hommes torse nu portant haut-de-forme, femmes en sous-vêtements de dentelle noire, bas et porte-jarretelle. On se croirait dans un cabaret berlinois de l’Allemagne de la Weimar ou dans un film de Stanley Kubrick.

Matka est librement adapté de la pièce éponyme de Stanislaw Ignacy Witkiewicz, dramaturge polonais du siècle dernier, avant-gardiste et décrié, auteur de la théorie esthétique de la « forme pure ». Si l’art dans sa « forme pure » doit rester étranger à toute connexion avec la vie et décliner uniquement de lois inhérentes aux lignes et aux couleurs, ce spectacle chorégraphique relève le défi avec succès. Dans cette tragi-comédie burlesque à l’extravagante scénographie, une mère mi femme-enfant fatale et mi sorcière et son fils se déchirent. Incapables de communiquer, ils monologuent tour à tour dans une langue poétique et décousue. La mère, jouée par Elisabeth Czerczuk, se lamente et combat ses démons à coups de grandes déclamations et rasades de vodka ; le fils Léon, truculent, mégalomane et peut-être génial (Zbigniew Rola), ponctue son absurde discours d’esclaffades sardoniques et se gargarise d’importance.

Un narrateur tout aussi décadent (Yann Lemo), qui est sans doute la voix de l’auteur, met en exergue par ses propos le caractère absurde de l’histoire qui se déroule sous ses yeux. Cinq danseuses aux visages inanimés telles des poupées de cire animent le spectacle en se mouvant comme des automates de boîte à musique. Les visages, les extraordinaires costumes et coiffures empruntés à l’univers gothique sont magnifiés par l’éclairage très travaillé. Sur scène, un orchestre -- violon, accordéon, xylophone et claviers, complété par des enregistrements de voix et de musique rock -- fournit l’ambiance sonore superbe de ce spectacle immersif où les spectateurs seront également sollicités.

Ce travail d’une esthétique éblouissante relève d’une démarche artistique globale combinant voix et chant, gestuelle et musique. Plus qu’un spectacle, c’est une expérience immersive hors norme qui émerveillera les inassouvis de la scène parisienne.

Imane Akalay, La Grande Parade

Théâtre Elizabeth Czerczuk
20 rue Marsoulan
75012 Paris
01 84 83 08 80/ 06 12 16 48 39
contact@theatreelizabethczerczuk.fr

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