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Démarche artistique

Élaborer une nouvelle forme métaphysique

La démarche artistique d’Elizabeth Czerczuk est d’élaborer une nouvelle forme de théâtre qui correspond à l’élargissement de la pensée devenue la priorité vitale de notre temps. Cette nouvelle forme passe par la recherche viscérale des émotions et exige un investissement total : vocal, gestuel, chorégraphique et émotionnel. L’hybridation artistique est le signe d’une nouvelle ère où les échanges sont facilités et tous les croisements sont possibles. Le Théâtre d'Elizabeth Czerczuk n'est pas une poésie du langage mais une poésie de l'espace et du mouvement. Elle cherche une sorte d'expression corporelle indépendante du "sens du mot" qui puisse devenir métaphore. La scène de son théâtre "méta-physique" est un lieu où chaque soir se passe quelque chose d'unique d'une manière spirituelle et corporelle, aussi bien chez le comédien que chez le spectateur. L'acte théâtral devient un acte purificateur.

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Rompre avec le dualisme scène-public

Le Théâtre Elizabeth Czerczuk est un lieu d'échange avec le public. Les mises en scène entraînent le spectateur hors de son positionnement d'observateur. La scène et la salle fusionnent en un seul espace où le spectacle englobe le public. L'objectif du travail est de trouver le moyen de toucher chaque spectateur d'une manière individuelle. Celui-ci se trouve entouré par des actions simultanées qui vibrent dans l'atmosphère musicale et le jeu de lumière. L'objectif n'est pas de transmettre un message mais de retrouver et réaffirmer les liens perdus entre le public et les acteurs. Créer un temps de partage, de communion. Chacun peut ainsi créer son propre spectacle, celui de ses désirs. Elizabeth Czerczuk va vers le chemin d'un théâtre de danger, passionnel, convulsif et cathartique. Chaque représentation est un acte qui ne laisse pas le public sortir indemne. 

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Former de nouveaux comédiens

Le Laboratoire d’Expression Théâtrale est une formation professionnelle destinée aux comédiens expérimentés et passionnés désireux de s’initier à une technique solide du théâtre. La pédagogie d’Elizabeth Czerczuk est animée par le concept de théâtre total, lequel dépasse les clivages entre chant, danse et jeu théâtral. L’objectif est de s’approprier l’espace scénique en travaillant directement sur scène et de travailler les modes d’expression vocale et corporelle pour atteindre une nouvelle forme d’art qui révèle la vie intérieure des comédiens. Des masterclass dirigées par des intervenants de renom sont organisées chaque semestre afin d’aborder des thèmes spécifiques à la technique du jeu de comédien. 

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Promouvoir les cultures polonaises et européennes

Le Théâtre Elizabeth Czerczuk a pour mission de faire découvrir au public français un théâtre d’influences polonaises. On y découvre des créations inspirées des œuvres de grands dramaturges et maîtres du théâtre polonais d’avant-garde comme Jerzy Grotowski, Tadeusz Kantor ou encore Henryk Tomaszewski. Fort de sa mission de promotion des cultures polonaise et européenne, le Théâtre Elizabeth Czerczuk organise des rencontres, des débats, des expositions et des projections de films de réalisateurs émergents pour donner à découvrir la richesse du paysage culturel européen. Le théâtre propose également des lectures d’œuvres de grands dramaturges contemporains qui contribuent au renouvellement de la scène théâtrale, notamment par leur modernité thématique évoquant des thèmes actuels mêlant humour grinçant et sens de l’absurde.

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Requiem pour les Artistes : une immersion dans l’univers magique d’Elizabeth Czerczuk

 

Dans ce théâtre-écrin à la décoration très réussie, le spectateur est accueilli au bar par des mannequins de cire qui auraient pu évoluer dans un cabaret des années trente. L’été, l’esthétique sombre et baroque de ce lieu hors du temps est adoucie par la lumière du jour provenant dans la cour-jardin attenante. Avant même le début du spectacle, on est invité à lâcher prise. Plus qu’un simple spectacle, le théâtre Elisabeth Czerczuk offre une expérience esthétique immersive et hors du temps. Du théâtre radical, comme le caractérise sa directrice.

La salle de spectacle est remodelée pour offrir une perspective différente à chaque volet de la trilogie « les Inassouvis » qui se termine avec Requiem pour les Artistes. Pour la représentation de Matka, le deuxième volet, le spectateur était invité à s’asseoir sur les pentes d’une pelouse artificielle. Cette fois-ci, des bancs en gradins ont été placés sur deux côtés de la salle. Le spectacle évolue dans l’espace laissé au centre mais aussi entre les gradins et autour des spectateurs. Les frontières sont effacées, l’expérience immersive se poursuit.

Un groupe de morts-vivants s’égrène, chacun portant son bagage que l’on devine symbolique autant que figuratif. Les costumes baroques, robes à cerceaux, froufrous, lambeaux et cerceaux nus parfois, coiffures superlatives ou crânes nus, visages blêmes et gestuelle de poupées mécaniques, nous renvoient à un monde mystérieux et angoissant dont l’ambiance est soulignée par la musique dramatique. Le spectacle s’exonère de toute dramaturgie, livrant le spectateur à sa seule imagination: si la chorégraphie est travaillée jusqu’à l’expression des visages, le texte, produit de la contribution collective de la troupe, est volontairement irrationnel. Les comédiens déclament des textes de Saint-Augustin, d’Apollinaire ou de Prévert ou tout simplement récitent l’alphabet ; ils s’expriment en anglais, espagnol, turc, hongrois, mandarin, et d’autres langues encore, soulignant ainsi l’universalité de la condition humaine. Il y a beaucoup de tendresse et d’amour dans ces déclamations plaintives, sanglotantes, parfois désespérées, dans ces petites bribes d’histoires tristes et parfois pleines d’humour. Au travers de la gestuelle et la narration, les êtres qui peuplent le purgatoire semblent exorciser leurs douleurs plutôt que subir leur châtiment. Deux cerbères casqués comme des gendarmes anglais semblent apporter un peu d’ordre, tandis que se trémoussent derrière des portes vitrées, des âmes perdues.

Il est délicieux de découvrir du spectacle spectaculaire, d’une grande créativité - - cette fameuse radicalité – sans effets de scène coûteux, ni vidéo projections, ni caméras filmant les visages en gros plan, ni référence aux sujets d’actualité qu’affectionnent les metteurs en scène, mais simplement le fruit d’un magnifique travail chorégraphique, musical et vocal – qui rassemble 18 acteurs, un bras inquisiteur une paire de jambes. Ce spectacle hors normes et envoûtant s’inscrit dans une tradition classique en somme. Laissez-vous emporter, courez-y !

 

Imane Akalay, Lagrandeparade.fr, juillet 2018

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Exubérant et sensuel, comme sous influence d’opioïdes.

Une adaptation chorégraphique de la pièce phare de Witkiewicz : Exubérant et sensuel, comme sous influence d’opioïdes. 

Officiellement, Elizabeth Czerczuk met en scène des spectacles de théâtre. Mais on ne verra chez elle ni Tchekhov, ni Racine, ni Sartre. Ni de quatrième mur. Son univers est celui de Grotowski et de Witkiewicz, pourfendeurs du théâtre psychologique, fascinés par les possibilités du corps.

Issue de la tradition du théâtre polonais du XXe siècle, Czerczuk s’est aussi formée en France, à l’école Marceau et à la Comédie Française, avant d’entamer une collaboration avec Karine Saporta.

Sa trilogie consacrée à Stanislaw Ignacy Witkiewicz est faite de spectacles aussi chorégraphiques que dramatiques. Dans Matka - la mère, en polonais - chaque tableau est placé sous l’enseigne d’un quasi-unisson mécanique, sensuel ou autrement enflammé. Six danseuses forment un corps de ballet surréel, jusque dans un bal macabre décliné en Cancan, comme dansé par des automates.

Dans Matka, Elisabeth Czerczuk donne voix à l’auteur, à travers une conférence étouffée et ironise sur son désir de « forme pure » par un théâtre chorégraphique singulièrement impur. Théories et manifestes de Witkiewicz surgissent de manière quasiment fantomatique. La « forme pure » reste un idéal qui ne cesse de produire le sentiment d’inassouvissement pré-existentialiste dans lequel baigne le couple femme-homme (mère-fils ou autres relations au choix) dans sa perte de la relation au monde.

Baroque, surréel et ténébreux, sur fond de tango contemporain, dominé par le noir et le rouge, Matka tient autant d’Artaud que de Lautréamont, d’une inspiration New Burlesque ou de l’esprit underground du butô d’Akaji Maro. Mais des ténèbres naît une vitalité paradoxale, comme dans une fête des morts à la mexicaine: L’ivresse d’un dernier tango, avant l’effondrement...

Pour suivre cette glissade sensuelle vers l’abîme, le public prend place sur un plan incliné déguisé en pelouse, un peu comme pour une représentation nocturne en plein air.

Mais la salle est bien un sous-sol parisien, dans le XIIe arrondissement, dans une salle librement modulable, où la scénographie s’adapte à chaque création, pour une expérience théâtrale et chorégraphique, irrévérencieuse et unique en son genre. Dans un théâtre à la décoration underground qui a tout pour devenir un lieu culte en soi.

 

Thomas Hahn, DanserCanalHistorique

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Théâtre Elizabeth Czerczuk
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