Eros-Hypnos, otwarta brama, d’Elizabeth Czerczuk, T.E.C. Théâtre Elizabeth Czerczuk, Paris
Le Théâtre Laboratoire Elizabeth Czerczuk, créé en 2017, ayant reçu son nom en hommage au « Théâtre Laboratoire » de Jerzy Grotowski à Wrocław, en Pologne, est un endroit tout à fait particulier.
Après avoir traversé un innocent petit jardin, on entre dans un univers rouge et noir, où partout d’étranges sculptures ou mannequins curieusement masqués, tendance SM luciférienne, sobres et inquiétants, créent un univers qui pourrait paraître sombre mais dans lequel on a plutôt envie de se promener en attendant le début du spectacle, passant devant les photos de Patrice Chéreau ou de Tadeusz Kantor entre autres. Ce dernier étant comme une sorte de maître pour Elizabeth Czerczuk ?
Il ne faut pas forcément connaître par cœur le théâtre polonais pour aller voir Eros-Hypnos, ce serait un plaisir supplémentaire, il n’y a aucun doute. Mais le travail d’Elizabeth Czerczuk inspiré ici par Les Aïeux, d’Adam Mickiewicz et par Des Noces, de Stanisław Wyspiański est riche et généreux. C’est un diptyque surprenant, offrant sensations, images, rebondissements et on sent combien toute cette équipe s’allie pour rendre le public heureux, cela va sans dire, mais pour être heureuse elle aussi. Apparemment tout le monde l’est. Le texte est en polonais et un personnage finira par dire qu’on ne comprend pas si on ne parle pas en français : l’humour est dans tous les coins.

Eros-Hypnos est un spectacle entre pièce de théâtre et cirque, danse, avec une présence rendue extrêmement forte des âmes. Les âges s’étalent, de 7 à 77 ans comme on dit. Les gamins qui sont de temps en temps sur scène surprennent tant ils parviennent à entrer dans cette atmosphère pourtant joyeuse mais à priori assez éloignée pour les petits. Ils sont très sérieux, peut-être un peu trop, mais le bonheur d’être là, le bonheur de participer, se ressent. Alors, de petits diables à de véritable démons obscurs, de la Vierge aux amoureux perdus et éperdus, tout se mêle, des références mythologiques, religieuses ou païennes s’allient et se renforcent, et les images, les chants, cette musique puissante soutiennent le tout.
L’apparition régulière d’Elizabeth Czerczuk est une apparition tout court, pourrions-nous dire. Un personnage comme puissant, sombre et lumineux, oui, les deux, comme une déesse, un symbole, la vérité dans le sombre, le feu et la paix. Ce sont les impressions qui peuvent ressortir d’Eros-Hypnos, alors oui, on est époustouflé, fasciné, avec un peu de mal à redescendre sur terre et c’est tant mieux, ça fait du bien.
Nicolas Brizault-Eyssette
